Jean-René Loubat
Jean-René LOUBAT, psychosociologue, docteur en sciences humaines, est consultant et formateur libéral auprès des institutions sanitaires, sociales et médico-sociales.

Il a été enseignant aux Facultés Catholiques de Lyon, conseiller pédagogique à l'INFIP, chargé de cours en Sciences de l'Éducation (Lyon II), conseiller technique au CREAI Rhône-Alpes, formateur à l'Institut de Formation des Cadres de Santé de l'Hôpital du Vinatier de Lyon, conférencier en Sciences Sociales à l'École de Management de Lyon, ainsi que dans diverses écoles de travail social.

Il a produit de nombreux ouvrages personnels, comme Élaborer son projet d'établissement, Penser le management, etc. et contribué à divers ouvrages collectifs. Il écrit également des ouvrages d’aventures pour la jeunesse.

  Dernière parution

Faits religieux et laïcité dans le secteur socio-éducatif .
Sous la direction de Faïza Guélamine & Daniel Verba. Préface de Jean-Louis Bianco, paru en juin 2018, 224 pages, Éditions Dunod

+ d'info

Accompagner le changement des institutions & des hommes
Dernières réflexions

« La fonction de directeur est-elle en péril ? Analyse d'un malaise systémique. »

(Article paru dans Les Cahiers de l'Actif n°500-503, janvier/avril 2018.)

La fonction de directeur de structure sociale ou médico-sociale s'avère aujourd'hui l'une des plus exposée aux mouvements tectoniques de la transition en cours dans de tels secteurs. Elle se situe en effet à la confluence d'une foule d'exigences souvent contradictoires, d'une somme de tâches administratives et de responsabilités qui ne cesse de s'amplifier, d'intérêts d'acteurs parfois conflictuels, d'un manque de lisibilité à court terme de l'environnement, de marges de manœuvre qui paraissent se resserrer, d'une quasi absence de leviers managériaux et pour finir d'une rémunération qui ne suit pas... Certes, ces secteurs ne sont pas les seuls concernés et l'on peut dire plus largement que ce sont toutes les fonctions d'autorité et de responsabilité qui sont re-questionnées, soulevant par là même une question sociétale et quasi civilisationnelle.
Mais par delà tout cela, se pose également la question plus culturelle d'un dépaysement au sein de secteurs qui ont évolué excessivement rapidement ces dernières années et qui ont modifié profondément la nature et le sens de cette fonction, creusant ainsi des abimes entre générations, profils et formations. Bref, un certain nombre de directeurs ne cachent plus leur malaise, flirtent avec le spleen, voire un franc burn out...

I. Les risques d'un burn out silencieux des cadres

La position de consultant permet de constater que, dans de nombreuses situations actuelles d'exercice professionnel, les cadres constituent une population particulièrement exposée, voire parfois... au bord de la crise de nerfs. Si l'on s'en tient à la fonction de directeur qui nous intéresse, la diversification et la multiplication de leurs tâches, tout autant que de leurs responsabilités, peuvent constituer un premier facteur d'explication mais il ne saurait suffire à lui seul. Il nous faut resituer la fonction de directeur dans son contexte d'évolution historique et la transition d'aujourd'hui pour appréhender les multiples facteurs susceptibles d'expliquer ce « nouveau malaise des cadres ». Notons que chaque transition sociétale, qui se réfracte inéluctablement dans le monde du travail et qui en modifie sensiblement les règles du jeu, génère une remise en cause cyclique de la fonction d'encadrement.

Sur la ligne sismique de la transition

Les secteurs de la santé, de l'action sociale et médico-sociale vivent une mutation systémique qui réinterroge leurs fondamentaux pour les raisons suivantes qui sont à la fois d'ordre culturel, économique et démographique :


- l'amélioration de l'espérance de vie et le vieillissement conséquent de la population, associés à de nouveaux risques environnementaux, augmentent considérablement l'occurrence de pathologies lourdes et d'affections de longue durée provoquant une inflation des dépenses de santé ;


- les progrès en matière de conditions de vie et de soins sanitaires, tout comme la sophistication des exigences de notre environnement, augmentent le nombre de personnes en situation de handicap ;


- l'affaiblissement des solidarités sociales et les évolutions du monde du travail génèrent un certain niveau de précarité et accroissent le nombre de personnes en difficultés sociales et économiques ;


- la progression de la société de consommation et des droits individuels élève les exigences en matière de modes de vie et de promotion personnelle et crée un mouvement de défiance vis-à-vis des institutions ;


- les nouvelles technologies - et notamment la révolution numérique - génèrent un bouleversement sans précédent de l'activité mais aussi des relations et de la société, entrainant ce que l'on peut appeler un mouvement de « dématérialisation » des institutions ;


- enfin, l'ordre géo-démographique, géoéconomique et géopolitique de notre planète s'est considérablement modifié et redistribue les cartes de la croissance et du pouvoir .

 

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